Archéologie

Nos actions en lien avec le patrimoine archéologique

Saviez-vous que Chens-sur-Léman est une commune chargée d’histoire ? De nombreux vestiges archéologiques ont été retrouvés, témoignant du riche passé de notre territoire. L.A.C. a servi de médiateur durant les fouilles, et nous souhaitons vous partager ici les découvertes datant de nos ancêtres chensinois.es.

Sites lacustres : nos ancêtres les chensinois 

Une incroyable découverte au port de Tougues

Saviez-vous qu’en plus d’être une réserve dont le patrimoine naturel est d’une grande richesse, Tougues est également un site archéologique unique ?

Il y a plus de 3000 ans, un important village sur pilotis existait à Tougues !

La peinture ci-contre (qui a fait l’objet d’une adaptation graphique) a été peinte par Hyppolite Couteau en 1896. L’artiste idéalise la vision que les préhistoriens du 19eme siècle avaient des populations lacustres. Ils pensaient que ce mode de vie était l’expression d’une civilisation originale qu’ils ont appelé «civilisation des palafittes». Aujourd’hui cette théorie est abandonnée et les archéologues pensent plutôt que ces maisons sur pilotis, étaient à l’origine construites sur la terre ferme.

Malgré la richesse reconnue des stations littorales préhistoriques de notre commune, il faudra attendre 1986/87 et un important projet de marina (qui devait se faire à l’emplacement du site), pour voir une première exploration scientifique et subaquatique du gisement de Tougues.

Un site majeur classé au Patrimoine Mondial

L’étude est conduite par le Centre National de Recherches Archéologiques Subaquatiques. Les méthodes incluent la topographie complète du site, des carottages, une dendrographie de nombreux pieux en chêne pour déterminer quand les arbres ont été abattus, l’étude scientifique des poteries, outils en bronze, bracelets et autres parures, fragments osseux d’animaux etc.…Le diagnostic préalable est clair : il s’agit d’un site majeur datant de la période de l’age du bronze final. « Seul gisement de ce type connu en Europe Occidentale » avec 3 périodes d’occupation entre 900 et 1200 ans avant JC.

Compte tenu de l’importance de ce patrimoine, la station littorale dite « Le Port de Tougues » a été classée Monument Historique en 1997 et au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 2011.

Il faut espérer qu’un jour, l’ensemble du gisement puisse être exploité et que les vestiges archéologiques soient exposés dans un musée à Chens.

Télécharger le texte complet rédigé par Alain Morizon

Les autres sites lacustres de Chens

Si Tougues est le site dont les fouilles ont révélé les plus riches vestiges, il n’y a pas moins de 5 à 6 autres sites palafittiques identifiés sur notre commune.

Entre -1050 et -850 av.J.C, le lac Léman connaît une régression d’environ 370 mètres, permettant ainsi le développement de nouvelles stations lacustres. Voici la liste des sites témoignant de ces anciennes occupations : “Sous le Moulin” à proximité de Sous Cusy, “La Fabrique Nord” vers St-Joseph, “Beauregard 1-2-3”, et “La Vorge Ouest” au nord de la commune. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Télécharger la carte communale des sites lacustres

L'urgence de préserver ces vestiges

Malgré la valeur exceptionnelle de ce patrimoine, le manque de moyens pour le préserver nous amène au risque de sa totale dégradation.

André Marguet, préhistorien spécialise en archéologie subaquatique en faisait mention dans sa notice “Chronique des découvertes archéologiques dans le département de la Haute-Savoie” en 2006. En effet, si l’on prend en compte l’ensemble des impacts humains ou naturels modifiant la dynamique des courants sur les rives et accentuant l’érosion des fonds, tels que les aménagements littoraux et portuaires, l’abaissement du niveau du lac ou encore les pratiques plaisancières, alors ces vestiges palafittiques risquent d’être détruits.

En 2018, “le constat d’une érosion intense a malheureusement été confirmé” pour la plupart des stations (cf les sites palafittiques de Savoie et Haute-Savoie). Bien que le site de Tougues reste encore relativement préservé, combien de temps nous reste-t-il avant qu’il devienne, lui aussi, seulement un lointain souvenir ?

des villages sur pilotis

des découvertes subaquatiques

carte du site de Tougues

vestiges de céramiques

Les sites archéologiques terrestres

la maquette du village du bronze final

plan des sites terrestres

le bracelet en fer du guerrier

le fourreau du guerrier celte

des trouvailles à la rue de Charnage

Un peu d'histoire

Avec le développement de l’agriculture et de l’élevage réalisé grâce aux apports des arrivants successifs, les cités lacustres s’installent plus avant sur la terre ferme.

A l’âge du Fer (- 8000 à –50), les tribus celtes venues du sud-ouest de l’Allemagne se partagent le pourtour du Léman : les Nantuates dans le Chablais valaisan et savoyard, les Allobroges en Savoie et Genevois, et au nord du lac, les Helvètes dont une des peuplades, les Tigurins ou Tougeni auraient traversé le lac vers l’an 100 avant JC, et laissé leur nom au lieu-dit Tougues (Blavignac – Etudes sur Genève – 1872).

Après la conquête de toute la région lémanique par Jules César et son entrée à Genève en 58, s’ouvrent quatre siècles de paix relative pour les Gallo-Romains de notre région: ouverture de voies de Genève à l’Italie, passant par Douvaine, le Valais et le Grand Saint-Bernard (Monte Jovis), établissement de grand domaines, les villa, dont Collongette est un exemple.

A la décomposition de l’empire romain, les pays du Léman sont successivement soumis aux Burgondes venus des rives de la Baltique(443-546), aux Mérovingiens (546-751) puis aux Carolingiens (751-888) et enfin aux royaumes de Provence et de Bourgogne avant de tomber vers l’an 1000 sous la domination de la maison de Savoie naissante sous l’égide d’Humbert aux Blanches Mains.

Tous ces peuples de toutes ces époques ont bien sûr, laissé des traces dans notre commune.

A côté des sites subaquatiques nombreux et bien conservés, riches en céramiques, matériels métalliques et palafittes, les fouilles terrestres, bien que gênées par l’urbanisation, ont cependant révélés de nombreux vestiges.

Un village datant de l'âge de Bronze à Véreître

En 2007, un habitat terrestre est identifié par l’INRAP, qui a par la suite mené plusieurs fouilles, notamment au lieu-dit “Vérancy”, à la rue de Charnage, et au lieu-dit de Véreître qui offrit de belles découvertes.

La fouille de Véreître, établie sur une surface de 15000m2, a permis aux archéologues de comprendre comment s’organisaient nos ancêtres : habitations ingénieuses de 30m2, potentiels enclos à bêtes, greniers de stockage de grain, concentration de 21 fours pouvant laisser à penser à une véritable zone artisanale avec notamment un four de potier…

La céramique faisant partie de leurs activités, certains objets tels que des fragments de pesons de métiers à tisser montrent la polyvalence de leurs savoir-faire.

Enfin, fortement liés à l’agriculture comme le prouvent les nombreux objets trouvés (broyons en pierre ou bois de cerf, meules à grains, soc d’araire etc.), nos ancêtres chensinois étaient également des pêcheurs, le poisson restant “une source de protéines privilégiée de ces populations”.

L.A.C. salue le travail d’Eric Néré et de Christophe Landry qui ont dirigé avec talent les fouilles terrestres.

Texte inspiré par le document “Village de Bronze final à Chens-sur-Léman” de l’INRAP

Arrêté préfectural des zones de présomption de préscriptions archéologiques

Le guerrier gaulois

Une autre découverte marquante a eu lieu durant les fouilles menées à Véreître. Il s’agit de la sépulture d’un guerrier celte, datée entre les IV et IIIe siècle avant J-C., qui fut la première à faire l’objet d’une expertise archéologique dans le Chablais.

Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, le défunt était sans doute installé dans un tronc d’arbre évidé (aussi appelé cercueil monoxyle) et entouré de plusieurs objets : une lance, une épée dans son fourreau décorée de motifs emblématiques de la tradition celtique (griffons). Il portait aussi un bracelet en fer ainsi que des fibules qui devaient fixer ses vêtements.

Télécharger la brochure réalisée par l’INRAP et Christophe Landry

Inventaire

Au lieu-dit La Charbonnière, près du local technique actuel, ont été trouvés plusieurs bracelets en bronze, une épingle, un torque (collier) datant du Bronze final (1000 av. JC).

On a aussi découvert, datant de l’âge du Fer (800 à 50 av JC) :

  • à Vérancy, en 1919, une sépulture renfermant un squelette portant chaîne de ceinture en bronze, fibule (épingle servant à fixer les vêtements), et bracelet
  • au lieu-dit Sur les Crêts actuellement Longuepièce, en 1928, quatre sépultures renfermant une épée en fer et deux pointes de lance, trois fibules, et bracelets ouverts et fermés conservés au Musée de Genève
  • dans les nombreuses carrières ouvertes sur le territoire de la commune comme la carrière Mathieu, en 1933, une multitude d’anneaux, bracelets, fibules…
  • à l’occasion de travaux d’aménagement du camping de Tougues, en 1952, une fibule en bronze du IVe siècle av. JC conservée au musée d’Annecy

L’époque gallo-romaine a fourni son tribut de vestiges :

  • au hameau de Cusy, ancien chef-lieu, on a découvert en 1849 des chapiteaux corinthiens qui appartenaient aux vestiges d’une importante villa
  • près de Collongette, en 1914, sont exhumés un peson (instrument de pesage) et des tuiles romaines (tegulae),
  • entre Vérancy et la mairie, sont trouvées en 1901, une vingtaine de pièces de monnaie à l’effigie de l’empereur Vespasien (69-79), témoignage d’un probable trésor enfoui à l’arrivée d’envahisseurs
  • dans une carrière non localisée, est signalée la découverte en 1939, dans une tombe, un collier en perles de verre et deux petits vases sigillés

L’historien local Emile Vuarnet rapporte dans son étude sur Messery que, lors d’une invasion par les Alamans en 270 « des combats durent se livrer sur la hauteur où s’élève de nos jours le village de Chens ». En effet, de nombreux ossements humains et squelettes de chevaux ont été découverts sur ces lieux.

A la période du Haut Moyen-Age, il faut rattacher la nécropole dont une dizaine de coffres de dalles en forme de trapèze ont été découverts à La Grage, cent mètres au-dessus du château de Beauregard. Une épée de cette époque était déposée dans un des coffres. Les mêmes découvertes ont été faites au lieu-dit Le Tanoz.

Sur certains sites, plusieurs phases d’occupation ont été décelées : à Véreitre, de la carrière Favre ont été extraits en 1950 des objets allant du Néolithique au Moyen-Age : une incisive de suidé percée à sa racine accompagnée d’un perle en os, des fibules de bronze, un collier de perles de verre bleu…

Des fouilles plus récentes (H. de Klijn, 1986), imposées par l’Institut de Recherches Archéologiques Préventives avant tout projet d’aménagement ou de lotissement, ont permis de constater aux lieux-dits Champ Rogin et Champ de Crainte, la présence de structures d’habitat en pierre sèche du Haut Moyen-Age ainsi que de nombreux fragments de céramiques, traces d’une occupation préhistorique. Le long du rivage et dans le lac, on a noté la présence de blocs de calcaire à décor de volutes ou moulures, mêlés à un remblai de matériaux de construction récente appuyés sur un mur construit au XIXe siècle. Ces blocs ne semblent pas appartenir à l’époque moderne.

Toutes ces découvertes sont mentionnées par Emile Vuarnet dans les différents recueils des Mémoires de l’Académie Chablaisienne publiés dans la première moitié du XXe siècle. Elles sont actuellement réparties dans différents musées  (MAHG : Musée d‘Art et d’Histoire de Genève, M-CA : Musée-Château d’Annecy), collections particulières (collection O. Costa de Beauregard) et pour certaines, dispersées ou même disparues car il était d’usage pour de nombreux inventeurs, de vendre leurs découvertes.

Tout laisse à penser que le sous-sol de notre commune est riche en vestiges non encore exhumés et que beaucoup reste à faire pour les découvrir.

Télécharger l’inventaire complet

Conférence et information de la population

En 2010, une conférence intitulée ” Fouille de Chens-sur-Léman “Véreître” : 3000 ans d’histoire redécouverts par l’archéologie” a été organisée par l’INRAP en partenariat avec l’association L.A.C. Eric Néré, responsable des fouilles, a présenté le résultat de ses recherches et une superbe maquette du village du bronze final a été dévoilée au public (voir photo ci-contre).

Notre association espère que d’autres occasions se présenteront afin de partager le riche patrimoine historique de notre commune, qui, malgré nous, est encore bien méconnu de sa population.

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